Il y a un déplacement très simple que j’observe en poésie avec les jeunes, atelier après atelier.
Quand on cesse de s’adresser à des élèves
— avec ce que ce mot peut charrier de peur de l’échec ou d’exigence de performance —
pour s’adresser à des créateurs,
le changement de cap est profond.
D’abord la posture.
Puis l’écoute.
Puis la manière d’entrer dans l’expérience.
On ne cherche plus à “faire un exercice”,
mais à traverser un processus.
Il ne s’agit plus de réussir ou d’échouer,
mais d’être présent — par l’écriture, par l’écoute, par la parole en circulation.
Ce qui m’a frappé, dans l’une de mes missions menées en micro-collège,
c’est que la créativité ne se manifeste pas uniquement dans les productions des élèves..
Elle apparaît aussi dans la qualité de présence,
dans la manière de recevoir un texte,
dans la capacité à faire place à la parole de l’autre.
Lorsque l’évaluation s’efface,
lorsque le cadre sécurise sans contraindre,
lorsque la sensibilité est reconnue comme une compétence, alors des forces se remettent en mouvement.
Et des textes émergent, bien sûr.
Mais surtout : une fierté discrète,
une estime qui se redresse,
et cette sensation précieuse d’avoir trouvé sa place;
non pas comme “élève en difficulté”,
mais comme créateur légitime.
Ce n’est pas spectaculaire,
mais c’est souvent là que les transformations durables commencent.
