Depuis deux semaines, j’expérimente avec des collégiens ce que j’appelle une « escalade poétique ».
Le nom les intrigue. Ils connaissent l’escalade, ils connaissent la poésie.
Mais les deux ensemble… cela ouvre un espace inattendu.
Je leur explique que, comme en montagne, nous visons un sommet : le texte final.
Et pour y parvenir, nous avançons par prises successives.
Chaque prise est un petit jeu, une proposition brève qui nous hisse d’un cran et empêche l’ennui de s’immiscer.
Par exemple :
✔️piocher une phrase dans une enveloppe et la prolonger du même nombre de vers ;
✔️caviarder un texte pour en révéler le poème caché ;
✔️observer une image improbable — deux zèbres arc-en-ciel — et interroger l’intention du peintre ;
✔️écouter une musique singulière, entre douceur et étrangeté, et laisser surgir des vers ;
✔️assembler enfin tous ces fragments pour atteindre le sommet du texte.
Chaque prise sollicite une autre énergie : le geste, le regard, l’écoute, l’association, le rythme.
Les élèves changent de terrain, et quelque chose s’éveille.
Ils écrivent sans avoir l’impression d’écrire.
Ils explorent, jouent, composent.
Certains découvrent que leur texte est déjà là.
D’autres sentent le moment précis où il le devient.
Voir un élève reconnaître lui-même la fin de son poème, c’est peut-être la plus belle récompense.
Au sommet, le texte apparaît.
On ne voit plus les prises, on voit l’unité.
Le panorama.
L’écriture respire dès qu’on change de terrain.
