Avez vous déjà fait une demande à la mer ?
Avant-hier, j’ai ressenti une immense gratitude de vivre cette journée d’écriture au bord de l’eau avec un groupe que j’accompagne depuis plus de deux ans: les adolescents du CMP de Saint-Henri à Marseille.
Une journée poétique, consacrée à une écriture d’ouverture au monde, à travers l’expérience sensorielle.
Avant les mots, la contemplation.
Avant la page, la marche.
D’abord, nous avons écouté, regardé, touché, respiré.
Cueilli des mots, des fragments de réel : une enseigne, le nom d’un bateau, des mots gravés sur la roche, des phrases entendues.
Puis, en haut du belvédère, chacun a pris une photo invisible et lui a donné un titre.
Enfin, nous avons continué à marcher jusqu’à la crique.
Là, chacun a écrit sa demande à la mer — un texte intime, personnel, sensible.
Tous ont souhaité le lire, à voix haute, face à l’horizon.
Un moment d’une beauté simple.
Une dernière étape est venue clore le parcours.
Je leur ai donné une page diaphane, fine.
Je leur ai dit :
“Imaginez que dans cette lettre se cache un mot essentiel , le mot-cœur, le mot-mémoire, celui qui contient toute la lettre.
C’est ce mot que vous allez offrir à la mer,
juste le temps d’un contact,
pour qu’elle ait accès à tout son contenu.”
La dimension poétique de l’atelier permettait ce genre de rêverie.
Pour l’écrire, chacun a plongé dans la trousse aux couleurs : certains n’en ont choisi qu’une, d’autres plusieurs.
Comme si la couleur, elle aussi, participait du sens.
Le mot ainsi composé a été glissé dans une enveloppe et confié à la mer, quelques secondes seulement, le temps du contact avec l’eau.
La lettre, mouillée, a été reprise par son auteur preuve qu’elle avait bien été transmise.
Chacun a gardé son mot secret.
Un geste symbolique, entre offrande et confidence.
Merci au Labo des histoires à histoires, à Ludovic FASA, à l’hôpital Édouard Toulouse et au Théâtre de l’Astronef pour la confiance et la continuité de ce beau partenariat.
La mer a tout reçu.
Et, quelque part, elle garde nos mots, nos espérances.
